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LA HAGUE

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« Rien n’est plus majestueux » : comment les touristes découvraient La Hague il y a 150 ans

La pointe ouest du Cotentin a séduit pour son côté sauvage et « pittoresque » à la fin du XIXe siècle, tout en restant une destination pour quelques privilégiés qui s’aventuraient dans ce bout du monde. Quatrième volet de notre série au fil des pages des guides de voyages d’avant 1914.

Le nez de Jobourg dans le guide Bains de mer de Normandie (Joanne, 1913).
OUEST-FRANCErE

Des embruns, des falaises, des lumières changeantes, des murets de pierres et le parfum sucré des ajoncs… l’Irlande ? Non, La Hague, ce petit coin de Normandie désormais associé à l’usine de traitement des déchets nucléaires. Ça n’a pas été toujours le cas. Aujourd’hui, comme hier, La Hague mérite le détour. À la fin du XIXe siècle, les guides de voyage le soulignaient…

« Si nous quittons Cherbourg, nous parcourons un pays accidenté, rocailleux, et de plus en plus sauvage à mesure que nous approchons la pointe de la Hague », écrit E. Tessier dans son Guide complet du touriste en Normandie, paru en 1862. Sur le trajet vers la pointe ouest du Cotentin, il évacue en quelques mots Beaumont« avec sa double rangée de maisons grisâtres ». C’est près de ce bourg que l’usine allait être créée un siècle plus tard.



Le phare de Goury au cap de La Hague | ARCHIVES OUEST-FRANCE /STÉPHANE GEUFROI

« La sublime horreur de cette nature sauvage »

Le voilà au village d’Auderville« bâti sur la lèvre même du gouffre que forme le raz Blanchard à l’extrémité de la presqu’île de la Manche ». « Sans cesse battue par les vents du large et entrecoupées de vallées profondes, cette partie du littoral se caractérise par son aridité et par la quantité prodigieuse de rochers qui en hérissent la surface. »



Auderville, après une tempête en 2013. | ARCHIVES OUEST FRANCE /STÉPHANE GEUFROI



Le nez de Jobourg et ses hautes falaises font l’objet d’un paragraphe très grandiloquent : « Rien n’est plus majestueux et en même temps plus pittoresque que l’aspect de ces blocs énormes, entassés les uns sur les autres, et dominant l’abîme, au fond duquel la mer se brise avec fracas ou gronde sourdement. Rien n’est plus romanesque que de parcourir ces étroits sentiers, où le pied trouve à peine un point d’appui où les parois de la muraille inclinées au-dessus du gouffre, forcent l’homme à ramper et à n’avancer qu’avec des précautions infinies », écrit l’auteur à la plume emphatique, visiblement très inspirée par les auteurs romantiques du début du XIXe siècle. Il termine en apothéose : « La sublime horreur de cette nature sauvage absorbe toutes nos facultés, tout notre être. »


Le nez de Jobourg, dans la Manche. | ARCHIVES OUEST-FRANCE

Les contrebandiers en mer

Les habitants vivent alors de la pêche et « de l’introduction frauduleuse des marchandises anglaises, notamment du tabac que de hardis « smogleurs » [contrebandiers en mer] vont chercher à l’île d’Aurigny ». Cette île anglo-normande est toute proche. Et la contrebande avec Guernesey, où vit Victor Hugo à cette époque en exil, a bel et bien existé.

« Traqué sur l’eau par les pataches [N.D.L.R. bateau douanier] de la douane et, à terre, par les douaniers, le smogleur est obligé d’attendre l’obscurité des nuits orageuses au risque d’être broyé contre les écueils […] pour réussir à débarquer dans quelque trou ignoré son pauvre chargement. »



Une carte du Cotentin dans le guide Bains de mer de Normandie (Joanne, 1913). | OUEST-FRANCE

Un séjour pour les artistes

En 1903, la douzième édition du guide pratique Conty consacrée à la Normandie recommande « aux artistes » un séjour à « Urville-Hague », Gréville et Landemer qui jouissent d’« un panorama grandiose », de « coteaux boisés à 200 m de la plage » et des falaises. Pas étonnant, c’est là, au hameau de Gruchy, que le peintre Jean-François Millet est né. L’homme, connu pour ses Glaneuses ou L’Angélus, est mort dix-huit ans auparavant. De nos jours, on peut visiter sa maison natale. À l’époque, le guide souligne qu’une statue en son hommage a récemment été élevée.



Les falaises de Landemer. | ARCHIVES OUEST-FRANCE



En ce début du XXe siècle, de « nombreuses constructions nouvelles » ont été bâties. Un projet de prolongement du récent tramway de Cherbourg est en cours, indique le guide. On peut pêcher dans le secteur crevettes, lançons, coquillages et crabes.

Sinon, au village de Landemer, des barques de pêcheurs vendent du poisson à la criée, dès 6 h du matin. Le guide souligne à ceux qui choisissent de louer villas ou chalets sur place que l’on trouve « volailles, gibier, beurre et œufs à des prix exceptionnels » et que des bouchers se trouvent à Beaumont et Équeurdreville, non loin.

L’hôtel du frère de Millet

Dix ans plus tard, Landemer est présentée comme la « plus charmante des stations balnéaires des environs de Cherbourg », par le guide Bains de mer de Normandie (Joanne, 1913), avec ses villas et ses deux hôtels, dont l’un a été créé par l’un des frères de Millet, puis agrandi avant d’être détruit par les bombardements de juin 1944. Mais on peut aussi dormir dans le petit village de pêcheurs, à Omonville-la-Rogue, à l’hôtel Vérité ou dans quelques maisons meublées.



L’hôtel Millet, avant son agrandissement. | DOMAINE PUBLIC VIA WIKIMANCHE



De manière générale, la « presqu’île est desservie par un certain nombre de services publics de voitures, qui rappellent les anciennes « diligences » », précise alors le guide. Sinon, il faut « avoir recours aux voitures de louage ou aux taxis-autos de Cherbourg » pour se déplacer. Notamment pour se promener jusqu’au cap de La Hague par « des sites sauvages et pleins de grandeur, de vastes landes, couvertes de bruyères et de genêts », dont le paysage avec ses rochers granitiques se rattache « plutôt à la Bretagne qu’à la Normandie ».

« La réverbération de la chaleur »

La grande plage de l’anse de Vauville, les grandes dunes de Biville, la baie d’Écalgrain aux pentes de bruyère, le « promontoire rocheux » du nez de Jobourg, le sémaphore sur le nez des Voidries (qui a été détruit en 1944)… Autant de sites à voir alors. « Une corde d’acier permet de descendre à la base de la falaise. » À ne tenter qu’à marée basse et avec prudence : « descente très rude, éviter de la faire par un grand soleil car la réverbération de la chaleur contre les parois rocheuses est intense », souligne le guide. Le gardien du sémaphore peut accompagner le visiteur contre un peu d’argent. En bas, il trouve une « grève de galets »« une série de grottes » et « des rochers magnifiques ».



Et en dépit de la grande usine posée dans les terres, tous ces paysages côtiers n’ont finalement guère changé en 150 ans.



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