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JEAN






Aujourd’hui tu aurais eu 81 ans...😓🙏


Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis ?
Combien ont disparu, dure et triste fortune ?
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle océan à jamais enfoui ?

 
Combien de patrons morts avec leurs équipages ?
L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages
Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Nul ne saura leur fin dans l'abßme plongée,
Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ;
L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots !

 
Nul ne sait votre sort, pauvres tĂȘtes perdues !
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus
Oh ! que de vieux parents qui n'avaient plus qu'un rĂȘve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grĂšve
Ceux qui ne sont pas revenus !

 
On demande " OĂč sont-ils ? Sont-ils rois dans quelque Ăźle ?
Nous ont' ils délaissés pour un bord plus fertile ? "
Puis, votre souvenir mĂȘme est enseveli.
Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.
Le temps qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli

 
On s'entretient de vous parfois dans les veillées,
Maint joyeux cercle, assis sur les ancres rouillées,
MĂȘle encore quelque temps vos noms d'ombre couverts,
Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures,
Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures
Tandis que vous dormez dans les goémons verts !

 
BientĂŽt des yeux de tous votre ombre est disparue.
L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue ?
Seules, durant ces nuits oĂč l'orage est vainqueur,
Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
Parlent encore de vous en remuant la cendre
De leur foyer et de leur coeur !

 
Et quand la tombe enfin a fermé leur paupiÚre,
Rien ne sait plus vos noms, pas mĂȘme une humble pierre
Dans l'Ă©troit cimetiĂšre oĂč l'Ă©cho nous rĂ©pond,
Pas mĂȘme un saule vert qui s'effeuille Ă  l'automne,
Pas mĂȘme la chanson naĂŻve et monotone
Que chante un mendiant Ă  l'angle d'un vieux pont !

 
OĂč sont-ils, les marins sombrĂ©s dans les nuits noires ?
O flots ! que vous savez de lugubres histoires !
Flots profonds redoutés des mÚres à genoux !
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir, quand vous venez vers nous...

(Les rayons et les ombres...)






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