Les békés : quelle place dans l'histoire et la société antillaise ?

Dans cet épisode de l'Abécédaire des Outre-mer, c'est à un mot controversé que l'on va s'intéresser. Un mot qui revient souvent lorsqu'on s'attache à décrire l'identité créole : béké.

Une minorité aux racines coloniales
Aujourd'hui, les békés représenteraient environ 1% de la population de Martinique, soit environ 3 000 personnes. Mais qui sont-ils ? Dans les Antilles françaises, le béké désigne un descendant des premiers colons arrivés en Martinique et en Guadeloupe aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le béké est un Blanc né aux Antilles.
Attention, il ne faut pas le confondre avec le zoreille, terme moqueur qui désigne un Blanc résidant plus ou moins durablement dans les Outre-mer. Un métropolitain en vacances en Martinique, par exemple, peut être appelé zoreille. Mais il ne sera jamais un béké.

Aux origines du mot
Voilà pour la définition. Pour l'étymologie… c'est plus compliqué. Difficile de dire quand le terme "béké" est apparu pour la première fois. Quant à son origine, il existe plusieurs hypothèses. L'une d'elles suggère que "béké" viendrait de la langue igbo parlée au Nigéria et désignerait un "Blanc". Le terme aurait été importé par les membres de l'ethnie igbo réduits en esclavage et envoyés aux Antilles. Selon une autre théorie, il s'agirait plutôt d'une déformation. Le mot pourrait alors découler d'une expression prononcée par les premiers colons "Eh bé ké ?" pour "Eh bien quoi ?". Convaincant ou pas, les linguistes n'ont toujours pas réussi à trancher.
Quelle que soit son origine, le terme "béké" n'est pas vu d'un très bon œil par les principaux concernés à cause de l'héritage qu'il véhicule. Celui de l'époque coloniale où les Européens régnaient en maîtres sur les îles des Caraïbes. Ils y faisaient fortune grâce aux plantations de canne à sucre et à la mise en esclavage de centaines de milliers d'hommes et de femmes.

Martinique et Guadeloupe : deux destins différents
C'est en Martinique que la domination des planteurs dura le plus longtemps. En Guadeloupe, la quasi-totalité d'entre eux furent guillotinés ou fusillés suite à la Révolution française à la fin du XVIIIe siècle. Les autres prirent la fuite. En Martinique, les choses se sont passées différemment : les planteurs békés ont livré l'île aux Anglais afin d'éviter la première abolition de l'esclavage. Les Anglais les ont protégés et ont pris possession de l'île de 1794 à 1802, année du rétablissement de l'esclavage par Napoléon.
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| Quartier Cap-Est de la commune du François • ©THOMAS COEX / AFP |
Entre privilèges et isolement : la communauté béké aujourd'hui
Ceci explique pourquoi les békés - les descendants de ces colons donc - sont aujourd'hui plus nombreux en Martinique. Enfin "nombreux"... Les békés forment une communauté très minoritaire dans la société martiniquaise. Mais ils constituent encore une caste privilégiée et influente. "Békéland", c'est le surnom donné au quartier Cap-Est de la commune du François où beaucoup d'entre eux vivent. C'est dire la réputation qu'on leur prête… On leur reproche aussi d'occuper encore une position dominante dans l'économie martiniquaise.

Pwofitasyon : un pouvoir économique contesté
Il faut dire que certaines familles békés sont à la tête de plusieurs entreprises clés de l'île, notamment dans la grande distribution, l'agroalimentaire et l'import-export. Et leur influence s'étendrait désormais bien au-delà de la Martinique, de la Guadeloupe et des Caraïbes. Aux Antilles, ce genre de monopole est régulièrement dénoncé. En créole, on lui a même donné un nom : la "pwofitasyon", mélange de "profit" et d'"exploitation".
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Production : Initial Studio
Écriture et recherches : Emeline Férard
Interprétation : Yao Louis, avec la contribution de Louise Nguyen
Réalisation et musique : Victor Benhamou et Johanna Lalonde
Direction éditoriale pour Outre-mer la1ère : Fabrice Hochard et Jean-Marc Party
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